GRACQ, Julien, Œuvres complètes, Vol. 1, Bernhild Boie, Gallimard, 1989, La Pléiade. Il était difficile de me retirer sans gaucherie, et je me sentais ce matin-là dhumeur particulièrement solitaire.
Après lenchantement théâtral de Graslin, la révélation existentielle de la Prairie de Mauves, à lamont immédiat de Nantes, ainsi relatée par Gracq dans La forme dune ville : Cest là, dans la prairie de Mauves, quune après-midi, allongé dans lherbe haute et regardant couler la Loire au ras des prés, jeus tout à coup lesprit ensoleillé par une bizarre illumination quiétiste : le sentiment, au moins approximatif, quil était parfaitement indifférent, et en même temps parfaitement suffisant et délectable, de me tenir ici ou dêtre ailleurs, quune circulation instantanée sétablissait entre tous les lieux et tous les moments, et que létendue et le temps nétaient, lun et lautre, quun mode universel de confluence. Ce moment dexception quil convient de resituer en ce début dété, annonciateur, avec les sorties dominicales des internes du lycée Clemenceau vers le manoir de la Colinière, des grandes vacances, qui ne commençaient alors, me rappelait Julien Gracq, quà la mi-juillet, condense et profile toute la vie future de lécrivain. Sa voie est désormais tracée : celle, dans sa vie comme dans ses écrits, dun pur contemplatif : Tant de mains pour faire et si peu dyeux pour regarder, ainsi quil le déplore dans ses Lettrines à propos de la navrante déconstruction-reconstruction du front de mer de La Baule.
La variété des interlocuteurs comme celle des questions aboutit à un ensemble cohérent et complet-sinon exhaustif-où Julien Gracq sexprime sur les sujets les plus divers : Fin 2014, il est lun des tout premiers résidents de la Maison Julien Gracq, soutenue par la Région des Pays de la Loire aide au fonctionnement de 120 000 euros par an. Jen garde des souvenirs de journées entières à travailler, de promenades le long de la Loire. Cest un lieu magnifique, un lieu dinspiration. Cela ma donné envie de minstaller en France, à la campagne. Et jai eu un vrai coup de cœur pour le village dIngrandes, à 9 km de Saint-Florent-le-Vieil. Lettre de Julien Gracq, publiée dans le numéro du 28 novembre 1951 du Figaro littéraire. Cette lettre est reproduite sur le site de la web-revue Terres de femmes Omonville-la-Petite il y en a donc une Grande, à moins de cent kilomètres 1 939, ce sont les premiers mois de ce que lon appellera la drôle de guerre. Période de suspens, dattente particulièrement dans les Ardennes où laspirant Grange a pour mission darrêter les blindés allemands si une attaque se produisait. A la fois île déserte et avant-poste sur le front de la Meuse où montent des signes inquiétants. Il peut paraître intempestif de proposer, à loccasion du centenaire de la naissance de Julien Gracq, une réflexion qui prétend associer le nom de cet écrivain, si peu engagé dans la défense dune antiquité canonique, si méfiant envers les pesanteurs héritées paresseusement du passé, indéfectiblement fidèle à André Breton, élève dun lycée Chaptal qui faisait sonner haut et fort les Humanités modernes, et le latin, cette vieille langue, que beaucoup semploient à dire, enfin, morte, dune mort qui, cette fois-ci-car le latin nous a fait, si jose dire, bien des fois ce coup-ne saurait renaître de ses cendresForce est pourtant de constater que la question du latin, Michel Deguy dirait laffaire importante du latin, aura été chez Gracq un souci grandissant, comme en témoignent, dune part les visiteurs qui ont eu loccasion de lentendre ultimement sexprimer à ce sujet, et plus encore, dune manière tout à la fois éclairante et complexe, plus intime aussi, ses propres textes. Et loin dêtre un prurit décrivain revenu sur le tard à une appréciation dictée par la nostalgie dun paysage culturel quil voyait se déliter sous ses yeux, ce souci pour la langue latine, mesuré à laune dautres paramètres, peut être loccasion de revisiter dans une neuve atmosphère les liens particuliers, privilégiés, que le latin a toujours entretenus avec la chose littéraire; sagissant de lauteur du Rivage des Syrtes, avec sa propre langue littéraire, voire celle de ce moderne du Nord, André Breton, dont lanti-académisme subversif se mariait si bien-la chose na pas échappé à Julien Gracq-avec la passion des subjonctifs latins Enfin, linquiétude de Julien Gracq devant la disparition silencieusement programmée du latin, genèse et flux vivant de nos enseignements littéraires, garant de laura mémoriel des mots, quil partageait, dailleurs, avec dautres Antimodernes de charme, a aussi ceci de spécifique: elle témoigne, en particulier dans son dernier Inédit au Journal Le Monde, dun étonnement poli et amusé, pour autant curieusement prophétique, si lon pense au débat récent sur les langues de culture et les langues véhiculaires, devant ce à quoi lon est en train dassister, sans que les responsables du paysage éducatif sen émeuvent outre mesure: la mise à mal de la langue française, de ce donné littéraire français, que célébrait sans complexe Francis Ponge, soucieux lui aussi de sauvegarder, à linstar de Saint-John Perse, laînesse latine dans la mêlée des eaux nouvelles Après avoir travaillé sur Henri Michaux et Michel Leiris, auquel il a consacré sa thèse Michel Leiris : vestiges des images et prestige de la peinture et dont il a participé à éditer La Règle du jeu dans la Bibliothèque de la Pléiade en 2003, il a consacré ses travaux aux surréalistes belges, à lœuvre de Georges Henein, à des romanciers français souvent méconnus du xxe siècle, et à certains aspects de la poésie contemporaine, notamment lœuvre de Claude Esteban, de Jean-Louis Giovannoni, Eugène Guillevic et celle dAimé Césaire. Ses recherches portent par ailleurs sur les rapports entre poésie, critique et peinture depuis les années 1930. Rien de plus sur la Fosse chez Gracq. Pour en pénétrer plus avant les mystères, cest à la belle nouvelle quAndré Pieyre de Mandiargues consacre sous ce titre éponyme au Passage Pommeraye quil convient de se reporter et à La Nuit du Rose Hôtel de Maurice Fourré, livre singulier que Julien Gracq porta à la connaissance de Breton qui le fit publier en le préfaçant. Mais Gracq évoque aussi à propos de Nantes le magnifique déchaînement de canaillerie sexuelle de son carnaval des brumes et il na pas oublié, à lâge des premiers troubles de la puberté, la cavalcade échevelée des créatures du Carnaval Ces silhouettes insolentes, puissamment vulgaires, de débardeuses du plaisir. Habiter une ville, écrit Julien Gracq, cest y tisser par ses allées et venues journalières un lacis de parcours agrémenté doccasionnelles pérégrinations excentriques. Dans La Forme dune ville éd. Corti, 1985, le jeune Gracq développe une lecture intérieure, littéraire, imaginée de la ville de Nantes. Julien Gracq a-t-il jamais été lermite de Saint-Florent décrit par la légende? Rien nest moins sûr. De sa passion pour linsurrection surréaliste à son engagement dans lécriture et la lecture, en passant par les combats communiste et antifasciste des années 30, Gracq naura eu de cesse dêtre présent à ce que son temps proposait de plus intense. La guerre elle-même ne sera pas une parenthèse, qui lui fera vivre les expériences lui permettant décrire Le Rivage des Syrtes et Un Balcon en forêt une fois rendu à la vie civile. Cette douzième édition des Journées qui lui sont consacrées devrait donc permettre de prouver que, sil fut un ermite, Julien Gracq fut certainement le plus engagé dentre eux. Elle devrait également permettre de dire quelle énergie porte aujourdhui les écrivains français. Lire à ce propos Ruth Amossy, in Cahiers Julien Gracq no. 2, 1994, p. 123-147 notamment les pages 127-129 Larticle ci-dessous est paru dans le numéro de janvier 2011 de la revue Esprit www.esprit.presse.fr Pendant toute la journée dautomne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, javais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher. La Chute de la maison Usher est une nouvelle fantastique écrite par Edgar Allan Poe. Publiée pour la première fois en septembre 1839, cette nouvelle figure parmi les textes des Nouvelles histoires extraordinaires. Elle a été traduite en français par Charles Baudelaire et est considérée comme lune de ses nouvelles les plus célèbres. Autoplay When autoplay is enabled, a suggested video will automatically play next. Saint-John Perse, Pour Dante, in Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade Gallimard, 1972, p 459. Par Un collectif de signataires issus du monde associatif, universitaire, scientifique et politique Le 1052020 à 11:00 ABP : Bonjour Bernard le Floch, pouvez-vous en dire plus sur ce concept? GRACQ, Julien, Un beau ténébreux, Vol. 1, Bernhild Boie, Gallimard, 1989, La Pléiade. Rencontres avec Julien Gracq Encounters with Julien Gracq Informations complémentaires Laurence Pagès, chorégraphe et danseuse, a publié Danser avec les albums jeunesse comme co-autrice. Elle a débuté un nouveau travail décriture sur les figures croisées dHijikata et de Joë Bousquet durant sa résidence. Le livre présenté ci-dessus fait suite notamment à lexposition Bonchamps et David dAngers, lumières sur un chef doeuvre qui a eu lieu à Saint-Florent-le-Vieil en 201 Accédez à la version numérique du journal dès 5h.